El Calafate présente en soi eu d’intérêt : dédiée au tourisme, la petite ville propose une succession d’hôtels, de restaurants hors de prix et d’agences proposant des tours touristiques. Nous débusquons cependant une petite auberge bon marché et bien chauffée, où nous faisons la rencontre de deux Israéliens fort sympathiques. Après une soirée agréable passée à leurs côtés, pendant laquelle Nicolas pourra s’adonner aux délices de la chicha, après 6 mois d’abstinence, nous partons en leur compagnie, en taxi, découvrir le fameux Perito Moreno. Sur la route, la chance nous sourit : une dizaine de condors tournoient autour de leur
proie et nous offrent leur profil pour de belles photos. A l’approche du glacier, nous déchantons un peu : le temps a changé du tout au tout et de lourds nuages s’accumulent dans le ciel ; une
pluie froide commence à tomber, mais qu’importe, nous venons d’apercevoir le glacier… Cette
énorme masse bleutée qui s’avance sur le lac Argentino, d’une hauteur de 60m, nous coupe le souffle. Nous nous baladons sur les 5 kilomètres que couvre le front du glacier, écoutant les grondements de ce mastodonte qui semble presque vivant, observant quelques morceaux de glace se détacher jusqu’à ce que l’impensable se produise : un énorme pan de glace s’effondre juste sous nos yeux et plonge dans l’eau dans un bruit assourdissant : le spectacle est incroyable !
Déjà sous le charme du parc national Los Glaciares après ce premier aperçu, nous décidons d’approfondir l’expérience en nous rendant à El Chaltén, ville la plus récente d’Argentine, fondée en 1991 pour asseoir la légitimité de l’Argentine sur cette partie de Los Glaciares. Depuis ce petit bourg de 300 âmes, situé à la frontière argentino-chilienne, on peut rayonner sur le nord du parc national et découvrir certains de ses plus beaux sommets, notamment le Fitz Roy dont la pointe acérée se cache le plus souvent dans la brume. Nous réaliserons là deux randonnées magnifiques et inoubliables à plus d’un titre. La première devait nous conduire à la Laguna Toro : 15 kilomètres de forêts superbes, parées des couleurs de l’automne, et de plaines venteuses, offrant une vue dégagée sur les montagnes et les lacs environnants jusqu’à découvrir, au fond d’une vallée sauvage, notre objectif, une énorme lagune
grise, nichée au cœur d’un cirque rocheux battu par des vents d’une telle force qu’ils faillirent
plusieurs fois nous faire tomber. Nous avons campé là, avec un mulot pour seule compagnie, et nous sommes réveillés cernés par de violentes bourrasques qui faisaient ployer la tente jusqu’au sol et projetaient une pluie de sable à l’intérieur ! Nicolas renonça à poursuivre la randonnée jusqu’au Paso del Viento qui, en plus d’exiger de franchir une rivière glaciale et d’escalader un glacier, aboutit à un lieu qui, comme son nom l’indique, s’avère plus venteux encore !
Notre randonnée suivante consistait en une boucle d’une trentaine de kilomètres durant lesquels nous devions découvrir la Laguna de los Tres, au pied du cerro Fitz Roy, puis la Laguna Torre, qui borde le cerro du même nom. Beaucoup plus touristique que notre première aventure, durant laquelle nous n’avions rencontré âme qui vive, la balade commençait sous les meilleures auspices : 2 heures de marche facile sous un ciel bleu, suivies de 45 minutes de grimpette jusqu’à la magnifique Laguna de los Tres qui nous apparut, turquoise,
sous un soleil éclatant. Seul un petit nuage continuait de s’accrocher, tenace, au sommet du Fitz
Roy… Durant la nuit cependant, la pluie se mit à tomber. Catastrophe, la tente était trouée, nous prenions l’eau ! A 4 heures du matin, Nicolas dut sortir, nu comme un ver, insérer la couverture de survie sous le toit de la tente pour nous maintenir un tant soit peu au sec ! Au matin, autre surprise de taille : il neigeait ! Dans le matin glacé et venteux, nous remballons la tente et partons rejoindre la Laguna Torre en empruntant un sentier marécageux qui longe deux autres lagunes, Madre e Hija. Le chemin est à peine tracé et nous nous enfonçons dans la bourbe. Nos chaussures sont vite trempées ; solution
débrouille, nous sortons des sacs plastiques pour en envelopper nos chaussettes. Après 2h30 de ce régime, nous sommes un peu fatigués en arrivant à la bifurcation conduisant d’un côté à la Laguna Cerro, de l’autre à El Chaltén. Nous décidons de rentrer au village après avoir visionné les photos d’un randonneur qui revenait de la lagune, plongée dans le brouillard. A peine tournons-nous les talons que le ciel se découvre… Trop tard, notre décision est prise, et nous pourrons admirer parfaitement le cerro Torre se découpant sur l’horizon à mesure que nous nous en éloignons.
Le soir même, au coin du feu, nous nous offrons une excellente parilla de bœuf pour récompenser nos efforts et emmagasiner de nouvelles forces. Car la Patagonie argentine n’aura finalement été qu’un avant-goût de ce qui nous attend à Torres del Paine, côté chilien : un trek de 4 jours dans le vent et le froid, qui ne cesseront de s’intensifier à mesure que nous continuerons notre descente vers le sud !