Après 9 heures de voyage, nous voilà arrivés à Trujillo, sur la côte Pacifique. Nous avons 4 jours devant nous pour profiter des lieux avant d’affronter les 24 heures de bus qui nous conduiront à Quito, en Equateur, auprès de Thomas, le frère de Nicolas. Nous trouvons une auberge centrale, idéale pour rayonner, un petit nid douillet où nous reposer. Enfin, ça, c’était sans compter la détestable habitude des centaines de taxis trujilleños qui, du soir au matin, klaxonnent sans discontinuer… Pour le calme, on repassera !
Pour l’immersion dans le monde pré inca en revanche, nous sommes bien tombés ! Nous découvrons là en effet les fabuleux vestiges des civilisations moche – qui ont laissé de fort jolis restes derrière eux, quoi qu’on en dise ! – et chimu, deux des peuples qui ont précédé les Incas. Les premiers ont édifié, tout près de Trujillo, leur capitale, aujourd’hui enfouie sous le sable, encadrée de deux pyramides, les Huacas del Sol – la plus haute d’Amérique Latine – et de la Luna. Seule cette dernière est ouverte au public, l’autre restant pour le moment chasse gardée des archéologues, et livre aux visiteurs ses beautés merveilleusement préservées. Lieu de culte qui s’est agrandi au fil des siècles, chaque dynastie ajoutant un étage à l’édifice, la pyramide présente sur 6 étages de superbes fresques que les 15 siècles passés ont à peine ternies : le visage grimaçant du
Degollador, le dieu égorgeur, qui couvre des pans entiers de murs comme les peintures représentant la décapitation des vaincus sont effrayants, tant ils sont criants de vérité et l’énorme fresque, haute d’une dizaine de mètres, qui recouvre le mur d’enceinte de la cour est époustouflant de couleurs et de détails : serpents, félins, danseurs, guerriers et prisonniers… Même si le sens du tableau nous échappe, cet ensemble « moche » est d’une beauté saisissante !
Les Chimus, de leur côté, choisirent également les environs de Trujillo pour construire, au XIIème siècle, une immense cité impériale. 23km2 de forteresse d’adobe se détachant à peine dans la blancheur du désert, des murs démesurés abritant de vastes espaces voués au culte et aux sacrifices (eux aussi !) décorés de magnifiques frises rendant hommages à la nature environnante : des oiseaux et des poissons reproduits à l’identique sur des dizaines de mètres, à en donner le tournis !
De retour à Trujillo, nous franchissons les quelques siècles qui nous séparent de la conquête pour découvrir les jolis bâtiments coloniaux qui parsèment la ville, avec leur patio ombragé, dont celui, cossu, qu’occupe – fait cocasse – l’APRA, l’Alliance Populaire Révolutionnaire d’Amérique ; la Place des Armes de Trujillo, colorée, avec sa statue incarnant la liberté qui semble danser le French Cancan, nous a également paru tout à fait charmante. Mais c’est finalement le Trujillo d’aujourd’hui, et ses habitants qui se montrent aimables, qui nous ont surtout séduits : une soirée passée en compagnie d’un Trujilleño, travaillant pour le gouvernement local, qui s’insurgeait du traitement pour « gringos » que nous avions subi à Cusco, suffit à nous réconcilier avec les Péruviens…
Nous quittions donc le Pérou agréablement surpris par cette étape peu connue des voyageurs. En route pour ce que nous croyions être 24 heures de route… Mais c’est après plus de 30 heures de bus, un passage de frontière qui s’est éternisé en raison des formalités spéciales auxquelles sont soumis les Colombiens – qui étaient légions dans notre bus – et des pauses démesurées au cours desquelles nos chauffeurs prenaient de longues douches relaxantes (en même temps, pas facile le trajet Lima – Caracas !), que nous arrivons enfin, au petit matin, à Quito !